🔥 Chapitre I — Là où le feu commence

🔥 Chapitre I — Là où le feu commence

On pourrait croire que tout commence avec une forge, avec une lame, un marteau, une étincelle qui jaillit sur un acier chauffé au rouge. Mais pour moi, tout a commencé bien avant. Bien avant d’être développeur, bien avant d’être adulte, bien avant même de comprendre le monde.


Tout a commencé dans un atelier de potier.


J’étais un enfant qui avait plus de poussière que de peau sur les mains, un enfant qui grandissait entre les ballots de paille, les pots d’argile, les seaux de cendre et les outils usés par les gestes répétés. Mon père travaillait la terre avec une concentration qui frôlait le sacré, tirant sa langue pour mieux se concentrer, comme s’il dialoguait avec la matière elle-même. Chaque geste semblait guidé par quelque chose d’invisible, de plus ancien que nous deux.


Je me souviens du bruit sec des bottes de paille qu’on déchirait, du crépitement lorsqu’elles prenaient feu, de la fumée dense qui s’accrochait aux vêtements. Et je me souviens surtout de la cendre — cette poussière grise et légère que mon père manipulait comme un sorcier manierait sa magie. Il créait des émaux et parlait des couleurs comme d’une langue secrète, fabriquant ses propres pigments à partir de presque rien : une poignée de cendre, quelques coups de pilon, une combustion précise. Ses bras brassaient le mélange et ses doigts se couvraient de teintes qui semblaient venir d’un autre monde.


Je ne comprenais pas tout, mais je ressentais tout. Et dans ces gestes-là, dans ces nuits où je surveillais avec lui le four à bois — ce monstre brûlant qui réclamait notre attention du lever du jour jusqu’aux dernières braises — quelque chose s’est imprimé en moi. Le feu, la patience, la transformation. L’idée que tout peut devenir autre chose si on le chauffe à la bonne température et si on le façonne au bon moment.